habiter entre

nagy-4.jpg
nagy-6.jpg
nagy-5.jpg
nagy-7.jpg

Extraits du film Marseille Vieux Port (Impressionen vom alten marseiller Hafen), Moholy-Nagy, 1929

Habiter entre

Et si le grand espace néantisé, objet de leur peur, fascinait tout citadin ? Comme un rien urbain. Comme la grande ombre portée du Palais de la Bourse que seul le soleil couchant sait faire apparaître. Une arrière-cour des miracles de l’humain. Un espace ni fait ni à faire. Une tentative moderne pour conserver ses mémoires, ses pratiques populaires et ses désastres : la foire et la grand-roue, les sixtes et leurs combats à six entre quartiers ou bistrots, les campemants de l’armée américaine ou des Gavots sans-travail venant à mourir là, les parcs à voitures et les courtes tentatives de jardins publics. Une expérience collective de la perte. Un ratage urbain ou une leçon moderne de mémoire contextuée, celle qui récite au présent, même son propre rien. Celle qui ne peut oublier que, loin dans l’inconscient collectif, la ville se crée autour d’un vide, symbole collectif ultime. Cent dix ans à construire, dans la perte, un texte de fondation. De 1852, expulsion des habitants pour le Palais de la Bourse et ses trois rues, à 1962, entrée des habitants dans les tours Labourdette, la Reconstruction et l’Archéologie ont fait de ces tours et de leurs habitants les héritiers directs de tous les non-vus urbains et de la prophétie verticale de Le Corbusier. Des habitants nés du Rien derrière la Bourse. – Y revenir sans cesse pour ne pas disparaître aujourd’hui.

Extrait du livre Mais de quoi ont-ils eu si peur ?, Christine Breton et Sylvain Maestraggi, 2016, éd. Commune

Aujourd’hui, le vide se retrouve sur les squares Belsunce, entre les tours Labourdette.

[ssba]